Une histoire de standards
Un peu d’histoire d’abord – Il est possible de dater la première révolution du Web au 14 janvier 1997, date à laquelle le W3C(1) prend acte de HTML 3.2.(2)
Plutôt que d’un accouchement, il s’agit d’une normalisation du langage balisé faite conjointement avec les grands acteurs du moment IBM, Microsoft, Netscape, Novell, SoftQuad, Spyglass, et Sun Microsystems.
Les évolutions par rapport à la version HTML 2.0 sont importantes et concernent surtout la présentation (tables, flux du texte avec les images etc).
CSS1.0(3) a vu le jour également fin 1996, mais la présentation est l’affaire des balises HTML d’attributs. Les feuilles de styles ne remplissent donc pas leur rôle !
Puis vint très rapidement, la première évolution avec la naissance d’HTML4.0 (décembre 1997). HTML4.0 est la première version d’HTML a réellement prendre en compte l’accessibilité. Au fur et à mesure que la communauté du Web grandit, elle se diversifit et il devient crucial que les technologies sous-jacentes soient orientées au service de cette diversité.
Les pages du Web doivent impérativement être accessibles à tous.
Voici les évolutions d’HTML 4.0 tournées vers l’accessibilité :
- Distinction entre la structure d’un document et sa présentation.
- Amélioration des formulaires.
- Possibilité de baliser la description d’un objet inclus.
- Possibilité de créer un texte alternatif aux images contenues dans les pages à l’intention des nonvoyants et malvoyants.
- Création des balises associées aux abréviations et acronymes.
- Elargissement des médias (TTY pour les malentendants et Braille pour les nonvoyants).
Cette période est aussi celle du développement des outils d’édition de type WYSIWYG(4), et de la surutilisation des tableaux pour la mise en page.
Les pratiques et les normes se téléscopent, ou plutôt se contournent au détriment des utilisateurs. Les outils d’édition ne dispensent pas de la connaissance du contenu des DTD(5) dans HTML. Un nombre important de pages du web sont créées à partir de logiciels de traitement de texte et ne sont pas conformes aux normes. Les navigateurs web (surtout les deux principaux MS Internet Explorer et Nescape Navigator) s’affranchissent des normes également.
Les développeurs doivent faire le choix lors de la création de leurs pages d’une optimisation pour l’un ou l’autre de ces navigateurs.
1998 est aussi l’année de naissance de CSS 2.0, seulement cette version est loin d’être supportée par l’ensemble des navigateurs du marché.
En mai 1999, le W3C met en place un ensemble de recommendations portant le nom de WCAG(6). Des « techniques » pour l’accessibilité aux contenus du Web sont proposées. Le document est divisé en trois partie. La première section expose quelques thèmes sur l’accessibilité (distinction structure/présentation, les équivalents texte pour les navigateurs non-visuels et les lecteurs Braille, pages alternatives, accès clavier, navigation et compréhension). La seconde partie est consacrée aux techniques pour concevoir des documents HTML accessibles, alors que la troisième et dernière partie liste un certain nombre de techniques pour l’utilisation de CSS.
Hélas, les recommendations ne sont pas toujours appliquées et les principaux outils utilisés par les webmasters ne permettent pas toujours une création de pages conformes. L’arrivée de XHTML(7)1.0 en 2000 ne va pas changer grand chose, car les principaux éditeurs de pages web WYSIWYG se montreront obsolètes. Ces nouvelles évolutions de la période 1999-2000 rencontrent les mêmes obstacles que les évolutions de 1997-1998, à savoir : non-respect des recommendations et incapacité des éditeurs de pages Web à établir une structure sémantique et d’en-tête cohérente.
Place au présent maintenant. XHTML1.1 a vu le jour et CSS 2.0 est supporté par la majorité des dernières versions des navigateurs du marché. Les besoins évoluent : le document Web doit être interractif et sa mise à jour dynamique. C’est l’heure des CMS(8) ou Systèmes de gestion de contenu qui permettent l’édition de pages et le chargement de média à l’intérieur des pages web. Chacun peut insérer du contenu dans les pages web, et d’après John Roscan, « les sites poussent comme des champignons diffusant de l’inaccessibilité » !
Les contenus deviennent de plus en plus variés et les opérations d’interraction ne sont pas simples pour les personnes présentant un handicap. Les recommandations WCAG 1.0 établissaient la limite de l’accessibilité au balisage. Seulement, les documents qui circulent sur le Web sont multiples et variés. Les fichiers PDF (formulaires etc) par exemple ne peuvent pas être tagués et être interprétés directement par les navigateurs.
Quel avenir ?
Le Web évolue malgré tout et bientôt XHTML 2.0, CSS 3.0, WCAG 2.0 seront les normes à suivre dans la quête de standardisation. Un projet à la hauteur de la révolution qu’a été l’apparition du Web pour nos sociétés. Un projet de web compréhensible et accessible pour tous.
notes : (retour article)
(1) W3C : World Wide Web Consortium. Organisme qui définit les recommandations concernants les protocoles et technologies utilisés sur le Web.
(2)HTML : Hypertext Markup language. Le HTML est un langage informatique de balisage qui permet de créer des pages web.
(3)CSS : Cascading Style Sheet. Les feuilles de style en cascade. Il s’agit d’un langage informatique permettant de construire la présentation d’un document (souvent une page Web) indépendamment du contenu de ce dernier. On sépare ainsi la présentation de la structure de la page. Les avantages fonctionnels qui en résultent sont très importants.
(4)WYSIWYG : « What you see is what you get », soit « Ce que vous voyez est ce que vous obtenez ». Cet acronyme désigne les logiciels qui offrent une interface d’édition permettant de visualiser immédiatement le résultat final obtenu.
(5)DTD : Document Type Definition, également appellé Doctype. Il sert à définir les règles d’écriture utilisées pour la rédaction de votre page web.
(6)WCAG : Web content accessibility guidelines – Recommendations pour la création de sites web accessibles construitent autour de conseils généraux et d’une liste de points à contrôler répartis selon trois niveaux de priorité (de A, les points les plus importants à vérifier, à AAA, les points les plus accessoires).
(7)XHTML : eXtensible Hyper Text Markup Language. XHTML est l’évolution de HTML vers une application XML (langage de balisage facilitant l’échange automatisé de contenus).
(8)CMS : Content Management System. Logiciels de conception et de mise à jour dynamique de site web ou d’application multimédia.
sources :
A History of web development, Peter-Paul Koch Quirksmode.org
A Journey Through Accessibility, John Roscan Juicy Studio
Articles Wikipédia : HTML, CSS, W3C, XHTML, CMS
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